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09.04.2008
Préambule de la Constitution de 1958 - Une réécriture instrumentalisée avec Simone Veil ?
Le comité de réflexion sur le préambule de la Constitution, présidé par Simone Veil, est au complet.
L'Elysée a annoncé, mercredi 9 avril, en conseil des ministres, sa composition :
- Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale,
- Francine Bardy, conseillère à la Cour de cassation,
- Claude Bébéar, ancien président d'Axa,
- Denys de Béchillon, professeur de droit public à Pau,
- Philippe Bélaval, conseiller d'Etat,
- Richard Descoings, directeur de l'Institut d'études politiques de Paris,
- Samia Essabaa, professeur d'anglais dans un lycée professionnel de Noisy-le-Sec,
- Patrice Gélard, sénateur (UMP) de Seine-Maritime,
- Axel Kahn, directeur de recherche à l'Inserm,
- Pierre Manent, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales,
- Jean-François Sirinelli, directeur du Centre d'histoire de Sciences Po.
Dans ce comité, il n'y a plus d'ouverture !
A part l'affichage instrumentalisé de Mme Simone Veil, le comité n'accueille pas de profonds républicains, comme François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan ou François Hollande.
Ce comité, qui rendra son rapport sous trois mois, servira de chambre d'enregistrement à l'entreprise de dissolution de la République à la française.
Ce comité doit étudier si les droits fondamentaux reconnus par la Constitution doivent être complétés par des "principes nouveaux", telle la discrimination positive.
"Doit-on permettre au législateur de mieux garantir l'égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, en dehors même de la sphère politique ? Y a-t-il des principes directeurs sur lesquels il conviendrait de fonder notre approche des problèmes liés à la bioéthique ? Faut-il rendre possibles de nouvelles politiques d'intégration valorisant davantage la diversité de la société française pour favoriser le respect effectif du principe d'égalité ?
L'enjeu est que la Constitution soit à nouveau en avance sur son temps". Nicolas Sarkozy.
Pour Nicolas Sarkozy, la Contitution française est archaïque. Alors que bien au contraire, la Constitution est un outil moderne de représentation de la devise française Liberté-Egalité-Fratrenité.
Pour rappel, voici le Préambule de la Constitution de 1958 :
« Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu'aux droits et devoirs définis dans la Charte de l'environnement de 2004.
En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d'Outre-Mer qui manifestent la volonté d'y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l'idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratique. »
Moderne, libre, démocratique, le Préambule de la Constitution de 1958 est le garant de l'équilibre des pouvoirs, de la liberté de penser, de la liberté de croire.
Le remettre en cause pour des raisons idéologiques est une remise en cause de l'esprit même de la nation française.
Thibault
16:41 Publié dans Institutions | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : simone veil, constitution
08.04.2008
Nicolas Sarkozy et la diplomatie atlantiste - Vers une rupture de l'ouverture ?
Aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, la gauche défend à l'Assemblée la première motion de censure du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Suite à ses déclarations en Grande-Bretagne et en Roumanie, Nicolas Sarkozy affiche une politique étrangère résolument atlantiste, tournée vers l'OTAN, le rapprochement avec l'idéologie anglo-saxonne et donc l'Europe des marchés.
La gauche souhaite afficher un désaccord plein et entier sur la diplomatie de Nicolas Sarkozy, en rupture avec la diplomatie autonome, conquise par le Général de Gaulle en 1966.
Christelle Carcone évoque également ce sujet.
Les élus socialistes et apparentés, rejoints par leurs collègues communistes et verts, peuvent en effet compter sur 225 voix sur 577 pour appuyer leur motion de censure, et peut-être sur l'appui des centristes de François Bayrou.
[EDIT] Finalement à 17h, François Bayrou a décidé de ne pas soutenir la motion de censure, laquelle contient trop d'élements divergents.
"(Cette rupture diplomatique) est un vrai tournant, il faut alerter les Français sur cette rupture stratégique de la France", assure le chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault.
Selon deux sondages récents, l'opinion est déjà majoritairement opposée à un tel renforcement français. Dans la tribune gaulliste et souverainiste de l'UMP et au sein du Nouveau Centre, cette diplomatie n'est pas totalement acceptée non plus. Car en rupture avec la volonté d'affirmation de l'indépendance et de l'universalité françaises.
La politique de Défense, soutenue le socialiste Bernard Kouchner et le néo-centriste Hervé Morin, assure d'une "ouverture" politique sur ces sujets.
Mais elle n'est pas entièrement acceptée sur les bancs de leurs partis.
De surcroît, la députée PS Patricia Adam et le sénateur PS Didier Boulaud ont annoncé aujourd'hui leur démission de la commission du Livre blanc sur la défense estimant que cette commission "ne sert que de chambre d'enregistrement des décisions" de Nicolas Sarkozy.
Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui doit fixer la politique de la France en la matière pour les quinze années à venir, sera
présenté le 19 mai aux parlementaires par le Premier ministre François Fillon et le ministre de la Défense Hervé Morin.
Il pourra inclure notamment "le retour dans le commandement intégré de l'Otan, l'envoi de renforts en Afghanistan, la création d'une base navale française permanente à Abu Dhabi, la réforme des services de renseignement, le rattachement de la gendarmerie au ministère de l'Intérieur et la modification des implantations territoriales des unités".
Mme Adam et M. Boulaud refusent "cette parodie de concertation qui consiste à faire endosser par la commission des décisions prises unilatéralement" et ne veulent pas "cautionner la rupture engagée par le chef de l'Etat avec le consensus national sur les questions stratégiques et de défense. La refonte de notre outil militaire, son alignement atlantiste conduiront à l'affaiblissement de l'autonomie de décision de la France."
Si une attitude de Real Politik est parfois nécessaire, un alignement politique assumé sur la diplomatie américaine n'est en revanche pas conforme à l'indépendance française.
Nul doute que cette rupture de la diplomatie étrangère aura des répercussions au sein des appareils politiques.
La majorité présidentielle peut-elle rester entièrement unie face à ce projet diplomatique ?
Lionnel Luca, député UMP, explique par exemple ses divergences sur le projet atlantiste du Président Sarkozy.
Thibault
13:33 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, afghanistan, otan, ps, motion de censure
07.04.2008
Jeux Olympiques, Jean Arthuis, Thierry Cornillet - Crise de sens, crise d'identité française
Nicolas Sarkozy peine à trouver une position politique pour défendre les valeurs françaises de défense des droits de l'homme aux JO.
De peur de froisser la Chine, principalement pour des raisons liées au nucléaire et à l'aéronautique français, la diplomatie française a lancé un badge timide intitulé "Pour un monde meilleur", alors que le pays accueil des JO 2008 a violemment réprimé les manifestations tibétaines
pacifistes au mois de mars.
L'esprit olympique, l'esprit de fraternité mondiale, l'esprit de réconciliation entre les peuples, semble bien mal défendu, et en proie à de véritables couacs diplomatiques, là où la France semble tiraillée entre la défense de ses valeurs universlles, et la défense de ses intérêts commerciaux.
En 2008, la France, c'est malheureusement un peu cela. Un pays qui ne sait pas comment se positionner, un pays en crise de sens, en profonde crise identitaire. La France est-elle un moteur économique, une locomotive du libéralisme européen, un ardent défenseur de l'universalité et de la liberté ? Tout cela, me direz-vous ? Oui bien entendu. Mais cet exemple de l'incapacité diplomatique à trouver une réponse adaptée à l'entrave chinoise aux principes mêmes de l'esprit olympique est assez emblématique de la crise française.
Cette crise est alimentée par une crise des partis politiques.
Crise politique du parti socialiste, qui, fort de sa réussite aux élections municipales, entame sa rénovation à coup d'attaques personnelles et d'anti-ségolénisme forcené. Crise politique d'un parti qui ne parvient pas à faire un choix assumé entre le dogme républicaniste et le socialisme à l'épreuve du marché.
Entre l'axe de MM. Emmanuelli, Fabius, Mélenchon , qui prône une application stricto sensu des valeurs républicaines d'égalité, de liberté et de fraternité, l'axe de la synthèse Jospin-Delanoë-Hollande, et l'axe social-démocrate Royal-Moscovici-Dray, l'unité devient de plus en plus difficile.
Débats sur le libéralisme, l'Europe, la République, permettront au PS soit de se rénover, soit de se scinder en deux entités plus cohérentes, soit de poursuivre le culte d'Epinay.
Une clarification d'une pensée sociale-démocrate au sein du PS permettrait de faire bouger les lignes politiques en France.
Crise politique des centres, où le Mouvement Démocrate a émergé politiquement des élections municipales. Le parti centriste est porté par un leader, François Bayrou, il a bouleversé les lignes politiques, lors de ces élections, mais n'est pas encore parvenu à laisser sa marque dans le paysage politique français.
De là, une véritable construction du centre démocrate, libéral, social et européen est en marche. Thierry Cornillet, député européen UDF-MoDem, a proposé récemment un manifeste pour un vrai centre, que l'on peut consulter sur les blogs de Sébastien Pereira et Marie-Isabelle Pichon afin de
rassembler le centre, actuellement dispersé entre :
- les Radicaux Valoisiens de Jean-Louis Borloo, issus du Parti Radical laïque et démocratique de la IIIè République, assimilés à l'UMP depuis le choc de 2002
- les Radicaux de Gauche de Jean-Michel Baylet, également issus du Parti Radical, et assimilés au groupe PS à l'assemblée depuis le congrès d'Epinay de 1971
- le Mouvement Démocrate, parti de centre libre, mais pas encore suffisamment implanté politiquement
- le Nouveau Centre, parti de centre-droit qui ne parvient pas encore à faire émerger sa différence dans la majorité présidentielle,
- Avenir Démocrate, groupe de réflexion centriste créé par Jean-Marie Cavada et Claire Gibault,
Un rassemblement des centres démocrates permettrait-il de faire peser le centre sur l'échiquier politique français ? Emanation de la pensée du MRP , où ont siégé Georges Bidault, Jean Lecanuet, Robert Schuman ou Pierre Pflimlin, une fédération des centres pourrait permettre de faire peser une pensée centriste et identifée.
Mais les stratégies d'alliances des différents partis qui la composeraient le permettraient-elles ?
Jean Arthuis a quitté le Mouvement Démocrate ce week-end en appelant à la renaissance de l'UDF, c'est-à-dire à une reconstruction des centres.
Si la reconstruction d'un centre démocrate est une vraie question, les débats seront indispensables entre tous les
partis centristes, avec les sociaux-démocrates, avec la droite républicaine et les gaullistes, là où la pensée politique est très homogène.
Crise politique de la droite, où l'UMP ne parvient pas à faire émerger un discours politique. Actuellement outil de promotion de l'Elysée, les courants gaullistes, centristes et conservateurs de l'UMP ne participent pas au débat public.
La question des courants à droite est actuellement en question.
Le discours atlantiste du Président réveille des clivages forts, entre les partisans d'une politique conservatrice pro anglos-saxonne et les partisans d'une droite républicaine autonome.
La France, ses partis, ses idées, sont en pleine crise identitaire. Une crise du passé, des valeurs patrimoniales, et une crise de l'avenir, sur les valeurs que la nation souhaite vouloir porter.
Républicaine, conservatrice, démocrate, socialiste ? La France est sans doute un peu de tout cela.
Et c'est parce que les partis politiques français n'ont pas encore réussi leur mue politique sur un axe antilibéral / démocrate / conservateur que le pays est en pleine crise.
Thibault
15:47 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : mouvement démocrate, radicaux, nouveau centre, avenir démocrate, françois bayrou, jeux olympiques, thierry cornillet
04.04.2008
Martin Luther King, 40 ans déjà
Pasteur baptiste noir américain, Martin Luther King est le leader de la communauté noire qui souhaite l'égalité entre les races. Il fonde en 1957 la Southern Christian Leadership Conference, officialisant ainsi son combat par l'action et la non violence.
Partisan de la lutte contre les discriminations et pour la défense des droits civiques, les "marches", les boycotts et les discours se multiplient.
Le 28 Août 1963, il prononce le discours, "
I Have a dream", un texte désormais intemporel, appel à l'unité, à la cohésion, et à l'égalité.
"Je vous le dis aujourd'hui, mes amis, bien que nous devions faire face aux difficultés d'aujourd'hui et de demain, j'ai tout de même un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.
Je fais le rêve qu'un jour, cette nation se lève et vive sous le véritable sens de son credo : Nous considérons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes ont été créés égaux.
Je fais le rêve qu'un jour, sur les collines rouges de la Géorgie, les fils des esclaves et les fils des propriétaires d'esclaves puissent s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.
Je fais le rêve qu'un jour, même l'État du Mississippi, désert étouffant d'injustice et d'oppression, soit transformé en une oasis de liberté et de justice.
Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur personne. Je fais ce rêve aujourd'hui !
Je fais le rêve qu'un jour juste là-bas en Alabama, avec ses racistes vicieux, avec son gouverneur qui a les lèvres dégoulinantes des mots interposition et annulation; un jour juste là-bas en Alabama les petits garçons noirs et les petites filles noires puissent joindre leurs mains avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches, comme frères et sœurs.
Je fais ce rêve aujourd'hui.
Je fais le rêve qu'un jour chaque vallée soit glorifiée, que chaque colline et chaque montagne soit aplanie, que les endroits rudes soient transformées en plaines, que les endroits tortueux soient redressés, que la gloire du Seigneur soit révélée et que tous les vivants le voient tous ensemble."
Il reçoit le prix Nobel de la Paix le 14 octobre 1964.
Il est assassiné le 4 avril 1968.
Thibault
11:25 Publié dans Histoire politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : martin luther king, égalité
03.04.2008
Le Président Sarkozy et l'OTAN - Rupture avec l'héritage gaulliste
A Londres, la semaine dernière, Nicolas Sarkozy avait entamé un mouvement de rapprochement avec la Grande-Bretagne et l'héritage anglo-saxon en appelant à une fraternité renouvelée entre les deux nations.
Cette annonce était annonciatrice d'une modification de la stratégie diplomatique de la France, qui prend un virage atlantiste notable.
Le 7 mars 1966, la France quittait le commandement de l'OTAN , afin de marquer une politique de défense indépendante. Qui lui permettra,
beaucoup plus tard, d'afficher une solution non militaire au problème irakien en 2003.
Alors que Nicolas Sarkozy a fait monter Hervé Mariton, issu des gaullistes de l'UMP, au Secrétariat Général de l'UMP, afin de s'assurer le soutien de ce courant pour son revirement diplomatique , Nicolas Sarkozy réalise une rupture assumée des positions d'indépendance françaises.
François Bayrou a également estimé aujourd'hui que la France était "en train de perdre" son "indépendance" avec le retour dans le commandement militaire intégré de l'Otan annoncé par le président Nicolas Sarkozy. "La période où la France était indocile est derrière nous. Il y a 42 ans que le général de Gaulle a pris la décision de quitter le commandement intégré de l'Otan. La France a gagné en 42 ans une liberté de parole qui nous a permis par exemple de dire non au moment de la guerre en Irak.
Cette indépendance, cette liberté-là, c'est quelque chose de précieux pour notre pays qu'on est en train de perdre dans l'élan vers l'alignement que Nicolas Sarkozy incarne depuis longtemps et dont je ne crois pas qu'il soit conforme à l'histoire, au génie de notre pays, et pas non plus à la volonté des Français".
Les Etats-Unis ont d'ailleurs obtenu le soutien de l'Otan à leur projet de bouclier antimissile, dont des éléments seront déployés sur le sol européen, en Pologne et en République tchèque.
A Bucarest, Nicolas Sarkozy confirme que la France souhaite réintégrer pleinement l'Alliance atlantique en 2009 , après la présidence française de
l'Union Européenne.
"A l'issue de la présidence française, le moment sera venu de conclure ce processus, et de prendre les décisions nécessaires pour que la France prenne toute sa place dans les structures de l'Otan. L'Alliance atlantique, c'est notre alliance. Les Français connaissent le rôle irremplaçable de l'Otan, qui a protégé les nations occidentales de l'hégémonie soviétique. Je réaffirme ici la détermination de la France à poursuivre le processus de rénovation de ses relations avec l'Otan."
On peut observer avec regrets une volonté d'alignement de la politique française et européenne sur la politique diplomatique américaine, alors que ces mêmes Etats-Unis vivent depuis plusieurs années une crise de système. Une remise en cause d'un capitalisme essentiellement financier, et une approche diplomatique basée sur les rapports de force militaires.
Où est la France des Lumières ? Où est la tempérance et la prise de recul si française ?
On a l'impression que la présidence marche sur l'héritage et le patrimoine français. Cette rupture diplomatique, cette inféodalisation, font de la France un complice d'une politique de défense plus militaire et d'une politique européenne basée sur l'Europe des marchés.
Tout ce que les profonds républicains refusent à ce jour.
Thibault
14:14 Publié dans Relations internationales | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, otan, afghanistan, charles de gaulles
01.04.2008
EADS et les griefs de l'AMF - Un soupçon de délits d'initiés
Délit d'initié : Fait, pour les dirigeants d'une société et pour les personnes disposant, à l'occasion de leurs fonctions, d'informations privilégiées sur les perspectives ou la situation de la société, de réaliser ou de permettre sciemment de réaliser, soit directement ou par tiers interposé, une ou plusieurs opérations avant que le public ait connaissance de ces informations.
Le détenteur d'une information confidentielle a une obligation d'abstention jusqu'à ce que l'information soit rendue publique, l'investissement boursier obéissant à une règle d'équité entre les investisseurs.
Ordonnance de 1967.
Dans l'enquête sur une vente massive de titres EADS avant la révélation des retards de construction de l'A380, l'Autorité des marchés financiers a validé aujourd'hui le rapport de son enquêteur.
Le collège de l'AMF annonce avoir décidé de "notifier des griefs" pour "manquement aux obligations de bonne information du marché" et "à l'obligation d'abstention d'intervention sur le marché du titre".
"L'ensemble du dossier sera transmis sans délai au parquet de Paris", indique également l'AMF.
EADS devra répondre d' «information trompeuse» en tant que personne morale, pour ne pas avoir dévoilé les retards de construction de l'A380, et sur l'abandon du programme A350, dès qu'il en a eu connaissance.
17 des 21 dirigeants et actionnaires, dont Noël Forgeard ,l'ancien président d'Airbus, cités dans ce dossier vont être poursuivis.
Arnaud Lagardère, un des administrateurs du groupe, proche du Président Sarkozy, et Thomas Enders, le président d'Airbus, sont visés par la procédure.
Entre novembre 2005 et mars 2006, plusieurs dirigeants d'EADS sont présumés avoir eu connaissance en avant-première de retards dans la construction de son gros porteur, l'A380. Ils auraient procédé à une vente massive de leurs titres, qui valent chacun entre 31 et 35 euros. Un avertissement sur les résultats du groupe avait été lancé trois mois plus tard. Au lendemain de cette annonce, le 14 juin 2006, l'action EADS avait plongé de 26%, à 18,75 euros, à la Bourse de Paris.
Aujourd'hui, 1er avril 2008, l'action EADS cote 15,20 euros.
Le nouveau PDG d'EADS Louis Gallois rappelle aujourd'hui que "le principe de la présomption d'innocence doit prévaloir, et que EADS et ses dirigeants concernés vont pouvoir se défendre. EADS apportera son soutien aux dirigeants dans leur défense, et entend démontrer qu'EADS a observé les standards d'excellence en matière de communication au marché, et a toujours agi en complète transparence".
Alors que l'affaire UIMM semblerait mettre en cause des personnalités politiques, l'affaire EADS met au premier plan la question de l'éthique et
du capitalisme globalisé.
L'affaire EADS est au centre des questions militaro-industrielles franco-allemandes et a des enjeux politiques très importants.
Nul doute que l'enquête sur les délits d'initiés EADS prendra un certain temps.
Mais sur le fond, EADS est un exemple de plus d'un système globalisé à deux vitesses : entre un univers dominé par des hommes de pouvoir, politiques et économiques, sensés agir pour le bien de l'intérêt général, mais dont la morale semble mise en doute par ce type d'événements, et l'univers des citoyens et des salariés, deconnecté du pouvoir, objet de plans de rigueur et des plans sociaux comme Power 8 .
Dans ses excès néolibéraux, le capitalisme semble générer des inégalités croissantes.
Inégalités sources de ruptures entre des hommes de pouvoir, dont certains donnent le sentiment de privilégier leurs intérêts, en abusant de leur contrôle du système à leur profit personnel.
Et entre des salariés, qui finalement, peuvent s'avérer les victimes de décisions politiques mues par des intérêts personnels.
Quelle morale ? Quelle éthique ?
Une réponse pénale forte et adaptée devrait être prévue pour les hommes de pouvoir qui portent une importante reponsabilité dans la mise en danger volontaire de l'emploi et des salariés.
Dans le cas présent bien entendu, la présomption d'innocence s'applique. Mais, lorsque l'on porte une mission d'intérêt général, il n'est pas admissible qu'aucune réponse pénale ne soit pas apportée à des abus et à des négligences économiques et politiques.
Thibault
11:49 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : eads, amf, délits d'initiés, capitalisme


